La convention collective Syntec encadre les conditions de travail de près de 910 000 salariés répartis dans 80 000 entreprises des secteurs du numérique, de l’ingénierie et du conseil. Lorsqu’un salarié décide de quitter son entreprise, la question du traitement des jours de RTT (Réduction du Temps de Travail) et des modalités de démission soulève régulièrement des interrogations. Ces jours de repos compensateurs représentent une valeur financière considérable et leur gestion lors de la rupture du contrat nécessite une compréhension précise des règles applicables. Entre les spécificités du préavis selon votre classification professionnelle, le calcul des RTT acquis et leur valorisation au solde de tout compte, les dispositions de la convention collective Syntec présentent des particularités qu’il est essentiel de maîtriser pour éviter toute contestation ultérieure.

Le cadre juridique de la convention collective syntec et ses implications en cas de démission

Les dispositions spécifiques de la convention collective des bureaux d’études techniques (IDCC 1486)

La convention collective nationale des bureaux d’études techniques, des cabinets d’ingénieurs-conseils et des sociétés de conseils, identifiée sous le code IDCC 1486, constitue le texte de référence pour l’ensemble des entreprises du secteur. Cette convention, entrée en vigueur initialement le 15 décembre 1987 puis modernisée et étendue le 16 juillet 2021, établit un cadre juridique complet qui complète et précise les dispositions du Code du travail. Son champ d’application couvre des activités aussi variées que la programmation informatique, le conseil en systèmes et logiciels, l’ingénierie technique ou encore l’organisation d’événements professionnels.

La particularité de cette convention réside dans sa capacité à adapter les règles générales du droit du travail aux spécificités des métiers intellectuels et techniques qu’elle régit. Elle reconnaît notamment l’existence de modes d’organisation du travail différenciés, avec des systèmes de forfait jours pour les cadres autonomes et des forfaits heures pour les autres catégories. Cette dualité se répercute directement sur le calcul des RTT et les modalités de rupture du contrat. Les entreprises signataires doivent impérativement respecter ces dispositions, qui prévalent sur les règles générales dès lors qu’elles sont plus favorables aux salariés.

Le texte de la convention collective Syntec comprend plusieurs titres thématiques, dont le Titre 4 consacré à la rupture du contrat de travail et le Titre 2 relatif à la durée du travail et aux RTT. Ces sections interconnectées définissent précisément vos droits lorsque vous envisagez de démissionner. La compréhension de ces dispositions vous permet d’anticiper le montant exact de votre solde de tout compte et d’éviter les mauvaises surprises lors de votre départ.

La distinction entre cadres et non-cadres dans l’application des règles syntec

La convention collective Syntec établit une distinction fondamentale entre deux grandes catégories professionnelles : les ETAM (Employés, Techniciens et Agents de Maîtrise) d’une part, et les ingénieurs et cadres d’autre part. Cette classification, basée sur des coefficients hiérarchiques allant de 240 à 500 pour les ETAM et de 95 à 270 pour les cadres, détermine l’application de règles différenciées en matière de préavis, de calcul des RTT et d’indemnités de rupture. Votre coefficient, obligatoirement mentionné dans votre contrat de travail, constitue donc une information capitale pour déterminer vos

suite.

Concrètement, un ETAM au coefficient 310 n’aura ni le même préavis, ni le même régime d’heures supplémentaires, ni le même accès au forfait jours qu’un cadre position 2.3 ou 3.1. Cette distinction impacte directement vos droits en matière de RTT Syntec lors d’une démission : nombre de jours acquis, possibilité de rachat des RTT, ou encore modalités de prise durant le préavis. Avant même d’annoncer votre départ, il est donc utile de vérifier sur votre contrat : votre catégorie (ETAM ou IC), votre coefficient et votre type de forfait (heures ou jours).

Pour les ETAM, la convention Syntec applique en principe la modalité standard à 35 heures, avec recours aux heures supplémentaires au-delà et, parfois, à des accords de RTT d’entreprise. Pour beaucoup de cadres et ingénieurs, en revanche, le temps de travail est organisé soit en forfait heures (modalité « réalisation de missions » à 38h30 avec droits à des jours de récupération), soit en forfait jours (modalité « autonomie complète » à 218 jours annuels maximum). Ces choix d’aménagement du temps de travail conditionnent la façon dont vos RTT seront traités au moment de la rupture du contrat.

Enfin, la distinction cadres / non-cadres joue aussi sur le régime du préavis, la durée d’ancienneté prise en compte pour certains droits et les possibilités de renonciation ou de rachat de jours de repos. Autrement dit, deux salariés relevant de la même convention collective Syntec mais appartenant à des catégories différentes n’auront pas forcément le même traitement de leurs RTT en cas de démission, même s’ils quittent l’entreprise dans un contexte identique.

Les articles 4.6 et 4.7 relatifs à la rupture du contrat de travail

Le Titre 4 de la convention collective Syntec encadre la rupture du contrat de travail, qu’il s’agisse d’une démission, d’un licenciement, d’une rupture conventionnelle ou d’un départ à la retraite. Les articles 4.1 à 4.5 posent les règles générales sur le préavis, l’indemnité de licenciement ou encore l’indemnité de préavis. Les articles 4.6 et 4.7, quant à eux, se concentrent plus spécifiquement sur la retraite et le régime de retraite complémentaire, mais ils s’articulent avec la logique globale de fin de contrat qui s’applique aussi en cas de démission.

L’article 4.6 prévoit notamment les durées de préavis en cas de départ volontaire à la retraite ou de mise à la retraite par l’employeur. Même si vous démissionnez pour rejoindre un autre poste et non pour prendre votre retraite, ces dispositions permettent de comprendre comment Syntec articule durée d’ancienneté, âge et conditions de rupture. On y retrouve la même logique que pour la démission « classique » : un préavis exprimé en mois, dont la durée varie selon l’ancienneté, avec la possibilité, dans certains cas, de négocier une réduction ou une dispense.

L’article 4.7 rappelle, lui, l’obligation pour l’entreprise d’adhérer à une caisse de retraite complémentaire AGIRC-ARRCO et de cotiser sur l’ensemble des rémunérations brutes, dans les limites réglementaires. Pourquoi cela compte-t-il lorsque vous démissionnez avec des RTT Syntec non pris ? Parce que les RTT monétisés (jours rachetés ou indemnisés au solde de tout compte) entrent dans l’assiette de rémunération, et donc dans l’assiette de cotisations retraite. Autrement dit, la façon dont vos RTT sont soldés peut aussi avoir un impact – certes marginal mais réel – sur vos droits futurs à la retraite complémentaire.

La jurisprudence récente de la cour de cassation sur les démissions syntec

Ces dernières années, la Cour de cassation a été amenée à préciser plusieurs points importants en matière de démission, qui concernent aussi les salariés relevant de la convention Syntec. Le premier point clé porte sur la nécessité d’une volonté « claire et non équivoque » du salarié de rompre son contrat. Une démission donnée sous la pression, dans un contexte de harcèlement ou de manquement grave de l’employeur, peut être requalifiée en prise d’acte ou même en licenciement sans cause réelle et sérieuse. Pour vous, cela signifie que la lettre de démission doit être réfléchie et cohérente avec votre situation.

La Haute juridiction a également rappelé que le préavis de démission s’applique sauf accord contraire entre les parties ou faute grave du salarié. Syntec ne déroge pas à ce principe : la convention fixe la durée du préavis, mais elle n’autorise pas un employeur à vous imposer une renonciation unilatérale sans vous verser, le cas échéant, l’indemnité de préavis. À l’inverse, si c’est vous qui souhaitez quitter l’entreprise plus tôt sans accord, vous vous exposez au paiement d’une indemnité compensatrice équivalente à la rémunération du préavis non effectué.

Sur les RTT Syntec, la jurisprudence est venue conforter un principe fondamental : toute journée de repos acquise et non prise du fait de l’employeur doit être indemnisée. À l’image des congés payés, les jours de RTT acquis ne disparaissent pas automatiquement au moment de la rupture. Si l’employeur n’a pas mis en place les conditions permettant la prise des jours de repos (charge de travail excessive, refus répétés sans justification objective, absence de suivi des compteurs), il peut être condamné à verser une indemnité compensatrice. Vous l’aurez compris : il est crucial de conserver vos bulletins de paie, plannings et échanges écrits pour démontrer vos droits en cas de contestation.

Calcul et durée du préavis de démission selon la convention syntec

La formule de calcul du préavis pour les collaborateurs non-cadres (1 mois à 2 mois)

Pour les salariés ETAM relevant de la convention Syntec, la durée du préavis de démission est principalement fonction de l’ancienneté et, pour certains coefficients élevés, d’un régime particulier. L’article 4.2 précise que le préavis est de un mois pour les ETAM ayant moins de deux ans d’ancienneté et de deux mois pour ceux justifiant de plus de deux ans d’ancienneté. Par ailleurs, les ETAM classés aux coefficients 400, 450 et 500 bénéficient d’un préavis de deux mois, quelle que soit leur ancienneté.

En pratique, cela signifie que si vous êtes technicien ou agent de maîtrise au coefficient 355 et que vous démissionnez après 18 mois d’ancienneté, vous devrez un mois de préavis. Si vous avez quatre ans d’ancienneté, ce préavis passera à deux mois. Le point de départ du préavis correspond à la date de première présentation de votre lettre recommandée de démission (ou de sa remise en main propre contre décharge). C’est durant cette période que se joue la gestion de vos RTT Syntec et de vos congés payés restants.

Il est possible, dans certains cas, de prévoir contractuellement un préavis plus long ou plus court, à condition que ces stipulations ne soient pas moins favorables au salarié que la convention collective. De même, un accord ultérieur entre vous et votre employeur peut venir modifier la durée effective du préavis, par exemple pour vous permettre de rejoindre plus rapidement un nouvel emploi. Dans tous les cas, gardez à l’esprit que le préavis reste une période de travail à part entière, durant laquelle vous continuez d’acquérir des droits à congés payés et, en principe, à RTT.

Les modalités de préavis des cadres : durée de 3 mois selon l’ancienneté

Pour les ingénieurs et cadres Syntec, la règle est plus simple : la convention collective prévoit un préavis de trois mois en cas de démission, quelle que soit l’ancienneté. Que vous soyez cadre débutant (position 1.1, coefficient 95) ou cadre confirmé (position 3.2 ou 3.3), la durée de référence reste donc la même. Cette durée relativement longue doit être anticipée, notamment si vous avez une promesse d’embauche à court terme dans une autre entreprise.

La durée de trois mois s’apprécie de date à date, à compter de la notification de votre démission. Par exemple, une lettre présentée le 10 mars déclenchera un préavis courant jusqu’au 9 juin inclus, sauf accord différent. Durant cette période, vous restez soumis à vos obligations contractuelles (loyauté, confidentialité, exécution de bonne foi du contrat) et l’employeur doit, de son côté, respecter vos droits (paiement du salaire, maintien des avantages, respect des temps de repos et des journées de RTT Syntec).

Il est toutefois possible de déroger à cette durée dans deux hypothèses principales : par accord individuel (avenant réduisant la durée du préavis à la demande du salarié ou de l’employeur) ou lorsque le contrat de travail prévoit une durée plus favorable que la convention. À l’inverse, une clause prévoyant un préavis plus long que trois mois sera en principe inopposable au salarié si elle est moins favorable que la règle conventionnelle. Là encore, tout aménagement doit être formalisé par écrit pour éviter les malentendus.

Les cas de dispense de préavis et la négociation avec l’employeur

Vous vous demandez s’il est possible de quitter l’entreprise sans effectuer l’intégralité de votre préavis Syntec ? La réponse est oui, mais seulement dans des conditions encadrées. D’un côté, vous pouvez toujours demander à être dispensé en tout ou partie de votre préavis, par exemple pour intégrer rapidement un nouvel employeur ou pour des raisons personnelles. De l’autre, l’employeur peut lui-même décider de vous en dispenser, notamment lorsqu’il estime que votre présence n’est plus nécessaire ou qu’il préfère limiter la période de transition.

Lorsque la dispense de préavis est à l’initiative de l’employeur, celui-ci doit vous verser une indemnité compensatrice équivalente à la rémunération que vous auriez perçue si vous aviez travaillé jusqu’au terme du préavis (salaire fixe, variables contractuellement garanties, avantages en nature…). Cette indemnité entre dans le calcul des droits sociaux et fiscaux, et elle est distincte de l’indemnité compensatrice de congés payés ou des indemnités relatives aux RTT non pris. En revanche, si c’est vous qui demandez à être dispensé et que l’employeur accepte, il n’est pas tenu de vous verser cette indemnité, sauf accord contraire.

La négociation du préavis est donc un moment stratégique. Vous pouvez, par exemple, proposer de solder une partie de vos RTT Syntec pendant cette période, ou de renoncer à certains jours de repos en contrepartie d’une réduction de préavis. Attention toutefois : une renonciation à des droits doit être claire, écrite et équilibrée. À défaut, vous pourriez contester ultérieurement et obtenir le paiement d’indemnités complémentaires devant le conseil de prud’hommes.

Le traitement des périodes d’absence maladie pendant le préavis

La survenance d’un arrêt maladie pendant le préavis de démission Syntec soulève deux questions principales : le préavis est-il prolongé et qu’advient-il des RTT pendant cette période ? En droit commun, une maladie non professionnelle n’interrompt pas automatiquement le préavis de démission, sauf disposition conventionnelle ou accord collectif plus favorable. La convention Syntec ne prévoit pas de règle spécifique de prolongation systématique dans ce cas, de sorte que le préavis continue, en principe, de courir jusqu’à son terme initial.

En revanche, si l’arrêt maladie résulte d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, la situation peut être différente. Dans certains cas, la jurisprudence considère que le préavis est suspendu, notamment lorsque l’employeur est à l’initiative de la rupture. En démission, le principe reste celui de la poursuite du délai, mais chaque situation mérite une analyse au cas par cas. Pendant l’arrêt, vous n’exécutez pas votre prestation de travail, mais vous continuez à bénéficier, sous conditions d’ancienneté, du maintien de salaire prévu par la convention Syntec, complété par les indemnités journalières de la Sécurité sociale.

S’agissant des RTT Syntec, l’acquisition est souvent liée au temps de travail effectif ou assimilé. Une période de maladie peut donc, selon les accords d’entreprise, limiter l’acquisition de nouveaux jours de repos. En revanche, les RTT déjà acquis avant l’arrêt ne disparaissent pas : si vous ne pouvez pas les poser pendant le préavis en raison de votre maladie, ils devront être indemnisés au solde de tout compte, au même titre que les congés payés non pris. Là encore, tout repose sur une traçabilité précise des compteurs et sur la bonne application des accords collectifs internes.

Les droits à la réduction du temps de travail (RTT) acquis avant la démission

Le mécanisme d’acquisition des jours RTT dans le cadre du forfait jours syntec

Pour les cadres en forfait jours sous Syntec, les RTT ne se calculent pas en heures mais en jours de repos destinés à respecter un plafond annuel de jours travaillés. L’accord de branche fixe ce plafond à 218 jours par an, journée de solidarité incluse. Le nombre de jours de RTT Syntec est donc obtenu en soustrayant, du nombre total de jours de l’année, les week-ends, les jours fériés tombant sur des jours ouvrés, les congés payés et le nombre maximal de jours travaillés prévu par le forfait. En 2025, par exemple, un cadre au forfait 218 jours bénéficie d’environ 8 jours de RTT.

L’acquisition de ces jours de repos se fait de manière lissée sur l’année. En pratique, les entreprises déterminent un compteur annuel de RTT que vous alimentez au fur et à mesure. Tant que vous restez dans l’entreprise, ces jours doivent être pris dans la période de référence fixée (souvent du 1er janvier au 31 décembre, ou du 1er juin au 31 mai), certaines conventions d’entreprise prévoyant une partie de RTT imposés par l’employeur et une partie laissée au libre choix du salarié. En cas de démission en cours d’année, le nombre de RTT acquis est proratisé en fonction de votre temps de présence sur la période de référence.

Un point important à retenir : sous Syntec, l’acquisition des jours de RTT se poursuit pendant le préavis de démission, même si vous êtes dispensé de l’exécuter mais rémunéré. Autrement dit, le préavis non travaillé mais payé est assimilé à du temps de présence pour le calcul de vos droits à RTT, sauf disposition contraire d’un accord d’entreprise. C’est un élément souvent méconnu, qui peut faire la différence sur le montant global de votre solde de tout compte.

La valorisation monétaire des RTT non pris au solde de tout compte

Les RTT acquis et non pris au moment de votre départ ne sont pas censés se volatiliser. En convention Syntec comme en droit commun, lorsqu’il est devenu matériellement impossible de poser vos jours de repos avant la fin du contrat (charge de travail, refus de l’employeur, fin de préavis trop proche), ces jours doivent faire l’objet d’une indemnisation. On parle alors d’indemnité compensatrice de RTT, qui fonctionne sur le même principe que l’indemnité compensatrice de congés payés.

La valorisation monétaire des RTT Syntec se fait en général sur la base de votre salaire journalier ou horaire, selon la nature de votre forfait. Pour un forfait jours, on divise la rémunération brute annuelle par le nombre de jours travaillés contractuels (par exemple 218) pour obtenir un « taux journalier » applicable à chaque RTT. Pour un forfait heures ou un horaire hebdomadaire, on retient plutôt le taux horaire de base, éventuellement majoré si un accord de rachat de jours de repos a été prévu (par exemple +20 % jusqu’à 222 jours travaillés, +35 % au-delà, dans la limite de 230 jours).

Cette indemnité figure sur votre dernier bulletin de salaire, en rubrique distincte, et est soumise aux mêmes cotisations sociales et fiscales que votre salaire habituel. Elle doit également apparaître dans le reçu pour solde de tout compte, ce qui vous permet, en cas d’oubli ou de sous-évaluation, de contester dans les délais légaux. Si l’employeur refuse d’indemniser des RTT manifestement acquis, vous pouvez saisir le conseil de prud’hommes pour obtenir le rappel des sommes dues, majorées le cas échéant d’intérêts de retard.

La possibilité de poser les RTT pendant la période de préavis

Faut-il obligatoirement se faire payer ses RTT Syntec au départ, ou peut-on les poser pendant le préavis de démission ? En pratique, les deux options sont possibles, mais elles supposent un minimum de coordination avec l’employeur. La convention Syntec n’interdit pas la prise de RTT pendant le préavis : tant que vous êtes lié par le contrat de travail, vous pouvez poser des jours de repos dans les conditions habituelles de prévenance et avec l’accord de votre hiérarchie, qui reste juge de l’organisation du service.

Dans de nombreuses entreprises, les managers encouragent même l’utilisation des RTT avant le départ, pour limiter le montant des indemnités à verser au solde de tout compte. De votre côté, poser des RTT peut vous permettre de souffler un peu dans une période souvent intense (finalisation des dossiers, passation, recherches d’emploi…). Attention toutefois : le préavis n’est pas réduit par la prise de RTT. Un jour de RTT décale votre présence effective, mais pas la date de fin de contrat, sauf accord spécifique de réduction du préavis formalisé par écrit.

Il est également possible de combiner prise de RTT et congés payés pendant le préavis, sous réserve de l’accord de l’employeur. Si ce dernier refuse systématiquement sans motif légitime, alors même que vous avez suffisamment de droits, vous aurez davantage d’arguments pour réclamer une indemnité compensatrice de RTT au moment du départ. D’où l’importance de faire vos demandes de manière tracée (mail, outil RH) et de conserver les réponses obtenues.

Les obligations de l’employeur concernant le décompte des RTT à la rupture

Au moment de la rupture du contrat, l’employeur a l’obligation de faire un décompte précis des droits acquis par le salarié au titre des congés payés et des RTT Syntec. Ce décompte doit tenir compte de la période de référence applicable dans l’entreprise, du temps de présence effectif (y compris préavis indemnisé non travaillé) et des jours déjà pris. La transparence sur ces éléments est essentielle : en cas de litige, le juge vérifiera si l’employeur a correctement informé le salarié et si les compteurs reflètent la réalité.

La plupart des logiciels de paie prévoient aujourd’hui des rubriques dédiées aux RTT et aux jours de repos conventionnels. Sur votre bulletin de salaire final, vous devriez donc retrouver, noir sur blanc, le nombre de jours de RTT restants et le montant de l’indemnité correspondante. Si ce n’est pas le cas, n’hésitez pas à demander un état détaillé des soldes de congés et de RTT, notamment si votre entreprise applique plusieurs dispositifs (forfait jours, aménagement du temps de travail, repos compensateurs pour heures supplémentaires, etc.).

En outre, l’employeur doit veiller à distinguer clairement RTT Syntec, repos compensateurs et contreparties obligatoires en repos. Ces trois dispositifs n’obéissent pas aux mêmes règles de calcul ni aux mêmes finalités, et leur régime à la rupture peut varier. En confondant tout sous une même ligne « repos », l’entreprise s’expose à des demandes de régularisation. Vous avez donc tout intérêt à vérifier la nature des jours figurant sur vos compteurs avant de signer votre solde de tout compte.

L’indemnité compensatrice de congés payés et le traitement des RTT lors du solde de tout compte

Au-delà des RTT Syntec, la démission entraîne systématiquement la question de l’indemnité compensatrice de congés payés. La convention collective prévoit que tout salarié qui n’a pas pu prendre l’intégralité des congés acquis a droit à une indemnité égale au dixième de la rémunération perçue sur la période de référence, sans qu’elle soit inférieure au salaire qu’il aurait touché s’il avait effectivement pris ses congés. Cette indemnité est due quelle que soit la cause de la rupture, y compris en cas de démission.

Les périodes assimilées à du temps de travail effectif pour l’acquisition des congés sont listées à l’article 5.5 : congés payés, congé maternité ou paternité, certains arrêts maladie, contreparties en repos au titre des heures supplémentaires, etc. Cela signifie qu’un salarié Syntec peut avoir accumulé des droits à congé pendant des périodes où il n’était pas présent physiquement dans l’entreprise, et ces droits devront être intégralement indemnisés au moment du départ s’ils n’ont pas été pris.

S’agissant des RTT, le régime est plus contractuel : la convention Syntec encadre le principe des jours de récupération mais laisse une marge de manœuvre aux accords d’entreprise pour en préciser le sort à la rupture. En l’absence de disposition contraire et lorsque le salarié n’a pas été en mesure de prendre ses RTT, la pratique et la jurisprudence convergent vers l’obligation d’indemniser ces jours sur la base du salaire journalier. Concrètement, votre solde de tout compte devra comporter deux volets : une indemnité compensatrice de congés payés, calculée selon la règle du dixième ou du maintien de salaire, et une indemnité pour RTT non pris, calculée selon la méthode propre à votre forfait.

Les obligations administratives de l’employeur lors d’une démission sous convention syntec

Les documents obligatoires : certificat de travail, attestation pôle emploi et reçu pour solde de tout compte

Quelle que soit la cause de la rupture (démission, licenciement, rupture conventionnelle, départ ou mise à la retraite), l’employeur doit remettre au salarié un certain nombre de documents de fin de contrat. La convention Syntec ne déroge pas à ces obligations légales, qui s’imposent à toutes les entreprises. Vous devez ainsi recevoir : un certificat de travail, une attestation destinée à Pôle emploi et un reçu pour solde de tout compte.

Le certificat de travail récapitule les informations essentielles de votre parcours dans l’entreprise : dates d’entrée et de sortie, emplois occupés, éventuellement les périodes de suspension du contrat. L’attestation Pôle emploi permet, en cas de situation éligible, l’ouverture de droits aux allocations chômage – même si, en principe, la démission ne donne pas automatiquement droit à indemnisation, sauf cas de démission légitime ou réexamen après projet de reconversion professionnelle. Le reçu pour solde de tout compte détaille quant à lui l’ensemble des sommes versées lors de la rupture : salaires, primes, indemnité compensatrice de congés payés, indemnité compensatrice de préavis le cas échéant, et indemnité liée aux RTT Syntec non pris.

La signature du reçu pour solde de tout compte n’a pas de caractère obligatoire, mais elle a des effets juridiques : elle fait courir un délai de six mois pendant lequel vous pouvez le dénoncer. Au-delà, seules les sommes non mentionnées pourront être réclamées sans limitation de durée. Avant de signer, vérifiez donc attentivement que les jours de RTT et de congés payés ont bien été pris en compte et que leur valorisation vous paraît cohérente au regard de votre dernière rémunération.

Les délais légaux de remise des documents de fin de contrat

Les textes n’imposent pas un délai chiffré spécifique pour la remise des documents de fin de contrat, mais la jurisprudence considère qu’ils doivent être délivrés « dans un délai raisonnable » à compter de la fin du contrat. En pratique, la plupart des entreprises les remettent le dernier jour de travail ou les envoient dans les jours qui suivent. Sous Syntec, comme ailleurs, un retard important peut vous causer un préjudice, notamment si vous avez besoin de l’attestation Pôle emploi pour faire valoir vos droits.

En cas d’absence ou de remise tardive de ces documents, vous pouvez mettre l’employeur en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Si la situation ne se régularise pas, le conseil de prud’hommes peut être saisi en référé pour ordonner sous astreinte la délivrance des documents, et éventuellement accorder des dommages et intérêts en réparation du préjudice subi. Là encore, les RTT Syntec peuvent entrer en ligne de compte : sans bulletin de salaire final ni solde de tout compte détaillé, il vous est plus difficile de vérifier le traitement de vos jours de repos.

Pour sécuriser vos démarches, n’hésitez pas à anticiper : quelques semaines avant la fin prévue du contrat, vous pouvez demander à votre service RH à quelle date et par quel moyen (remise en main propre, envoi postal, coffre-fort numérique) les documents de fin de contrat vous seront transmis. Cette anticipation est particulièrement utile si vous enchaînez avec un nouvel emploi ou si vous changez de région.

Le calcul des éléments variables de paie dans le bulletin de salaire final

Le dernier bulletin de salaire sous Syntec concentre souvent plusieurs éléments variables : primes sur objectifs, primes de performance, commissions commerciales, remboursement de frais, régularisation d’heures supplémentaires et, bien sûr, indemnités liées aux congés et RTT. Le calcul de ces éléments doit respecter à la fois le contrat de travail, les éventuels accords d’entreprise et les dispositions de la convention collective.

Pour les primes et variables, l’employeur doit appliquer les règles de proratisation prévues (par exemple au prorata du temps de présence sur l’exercice de référence) et intégrer les résultats disponibles à la date de rupture. Pour les RTT Syntec, il doit partir des compteurs validés en fin de période de référence, vérifier les jours déjà pris et calculer l’indemnité correspondante pour les jours restants. En cas de rachat volontaire de jours de repos (dispositif de renonciation avec majoration de 20 % ou 35 % pour les cadres en forfait jours), la majoration doit apparaître distinctement.

Le bulletin de paie final doit également mentionner clairement l’indemnité compensatrice de congés payés, avec la méthode retenue (règle du dixième ou du maintien de salaire). Cette transparence vous permet de vérifier que les calculs sont corrects. Si un doute subsiste – par exemple si le nombre de RTT Syntec indemnisés vous paraît inférieur à celui affiché sur les bulletins précédents –, vous pouvez demander un détail écrit des calculs. En cas de réponse insatisfaisante, le conseil de prud’hommes peut être saisi dans le délai de prescription applicable pour les rappels de salaire (en principe trois ans).

Les recours possibles en cas de contestation sur les RTT ou le préavis syntec

Même en étant vigilant, il arrive que des désaccords persistent entre salarié et employeur au sujet du préavis de démission, du nombre de jours de RTT Syntec ou du montant des indemnités versées au solde de tout compte. La première étape consiste alors à privilégier le dialogue : un échange argumenté avec les ressources humaines, appuyé sur la convention collective, votre contrat et vos bulletins de paie, permet souvent de résoudre le différend à l’amiable.

Si cette démarche reste sans effet, vous pouvez adresser une mise en demeure écrite, dans laquelle vous détaillez vos demandes (rappel de salaire, indemnité compensatrice de RTT, régularisation du préavis, etc.) et les textes sur lesquels vous vous fondez. Cette étape formelle est importante : elle montre au juge, en cas de contentieux ultérieur, que vous avez cherché à régler le litige sans passer immédiatement par la voie judiciaire. Elle peut aussi inciter l’employeur à revoir sa position pour éviter une procédure prud’homale.

En l’absence de réponse satisfaisante, la voie du conseil de prud’hommes reste ouverte. Vous pouvez agir seul ou avec l’assistance d’un avocat ou d’un défenseur syndical. Le juge examinera notamment la convention Syntec, vos preuves (plannings, mails, bulletins de salaire, relevés de RTT) et la cohérence des calculs produits par l’employeur. Selon les cas, il pourra condamner l’entreprise à vous verser des rappels de salaire, des indemnités pour non-respect du préavis, des dommages et intérêts pour préjudice subi, voire, dans les situations les plus graves, requalifier la démission en prise d’acte aux torts de l’employeur.

Enfin, n’oubliez pas que le temps joue contre vous : les actions en paiement de salaire, de RTT Syntec ou d’indemnités complémentaires sont soumises à une prescription, en principe de trois ans à compter du jour où vous avez connu ou auriez dû connaître les faits vous permettant d’exercer votre droit. Mieux vaut donc ne pas attendre pour faire valoir vos droits, surtout si vous quittez une entreprise où l’organisation du temps de travail et des RTT est complexe. En vous informant en amont et en conservant systématiquement vos justificatifs, vous mettez toutes les chances de votre côté pour que votre démission se déroule dans les meilleures conditions, tant sur le plan juridique que financier.